Les secrets d’Harvard, la première des universités

LE MONDE | 16.05.2012 à 12h47 • Mis à jour le 17.05.2012 à 08h17

Par Isabelle Rey-Lefebvre

Lors des cérémonies de remise de diplômes, les étudiants portent une toge et un chapeau appelé "mortar board" pour sa ressemblance avec la palette sur laquelle les maçons portent le ciment.
Lors des cérémonies de remise de diplômes, les étudiants portent une toge et un chapeau appelé “mortar board” pour sa ressemblance avec la palette sur laquelle les maçons portent le ciment. | AFP/DARREN MCCOLLESTER

Harvard, un mythe ! En 2011 encore, la prestigieuse université américaine arrive en tête du classement de Shanghaï. Pas moins de 44 Prix Nobel, 46 Prix Pulitzer et 8 présidents des Etats-Unis sont sortis de ses rangs. Harvard accueille l’élite intellectuelle dans ses 10 facultés, qui vont de la médecineà l’art en passant par le droit et les affaires. La sociologue Stéphanie Grousset-Charrière y a travaillé comme lectrice – professeure assistante – entre 2004 et 2008, ce qui lui a permis de découvrir de l’intérieur le “système Harvard”. Et, en premier lieu, qui y sont les enseignants.Son propre recrutement l’a confrontée d’emblée aux exigences de cette université. “Ma candidature a été retenue après quatre entretiens d’embauche de plus d’une demi-heure chacun, avec la directrice du département puis trois professeurs”, raconte la sociologue, qui a tiré de cette expérience un livre intitulé La Face cachée de Harvard (La Documentation française, 232 p., 19 €). Sa lettre de mission était claire : “A Harvard, on ne forme pas que les étudiants, on forme aussi leurs enseignants, les façonnant à l’image qu’ils se doivent de dégager. On n’a pas le droit d’être malade et, même avec 39 °C de fièvre, on assure ses cours ; on doit être bien habillé, souriant, avenant, et montrer l’exemple. Ponctualité, amabilité, serviabilité, compréhension, efficacité, disponibilité, compétences, performance, rigueur sont autant de qualités attribuées au personnage de l’enseignant.”

Le cursus démarre par une pré-rentrée d’une semaine d’accueil et de formation intensive des nouveaux enseignants. Le premier cours est filmé et analysé : “On nous apprend à habiter l’espace, à nous mettre devant le bureau, à balayer du regard l’ensemble de la classe.” Pendant un semestre, les enseignants débutants suivent des formations aux sciences de l’éducation. Comment faire des cours interactifs, se présenter, susciter des questions, comment utiliser des documents et des supports informatiques. “Les cours doivent plaire. Il ne faut pas que les élèves s’ennuient et nous devons toujours nous interroger : comment sera reçu mon cours ? Cette question, je ne me l’étais jamais posée lorsque j’enseignais en France, seulement préoccupée du contenu du cours”, confie Stéphanie Grousset-Charrière.