LIMOUSIN > EYMOUTIERS 29/01/13 – 10H28

Menacés dans leur pays, des Afghans ayant aidé l’armée française hébergés en Haute-Vienne

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 - Stéphane Lefèvre– Stéphane Lefèvre

 

Ex-interprètes pour l’armée française en Afghanistan, ils sont aujourd’hui en danger dans leur pays. Quatre d’entre eux viennent de poser leurs valises à Eymoutiers avec femmes et enfants.

On les croise, descendant un chemin goudronné du village de vacances du Buchou, à Eymoutiers. Souriants, ils nous tendent la main, ravis d’engager la conversation. « Vous êtes les premières personnes que nous rencontrons depuis notre arrivée dimanche soir. »

« Ce n’est pas un asile politique. Ils pourront bientôt se rendre où ils veulent. »Issa 23 ans, Zabihullah 30 ans et Mahmoodzada 24 ans, ont quitté Kaboul il y a quelques jours, direction Dubaï, Chypre puis Paris dans un avion de l’armée française.

À bord de l’appareil, 17 Afghans. « Nous sommes 8, six adultes et deux enfants à être hébergés ici. Les autres sont à Besançon », témoigne Zahihullah, 30 ans, dont la maîtrise quasi parfaite de la langue française impressionne.

On lui demande où il l’a acquise. « À La Rochelle, j’y suis resté trois mois en stage linguistique. »

Ces hommes-là ont tous été interprètes pour l’armée française et sont aujourd’hui exposés, dans leur pays, à différentes menaces.

En juin dernier, ce sont deux amis à eux, interprètes également, ainsi que quatre soldats français qui ont été tués à Nijrab. Un kamikaze avait déclenché sa bombe, cachée sous une burka.

La France, sur décision de François Hollande (voir par ailleurs) a décidé mi décembre de tendre la main à ces interprètes pour “service rendu”, avec un statut juridique ad hoc, même « hors du droit » selon les propos du ministre de l’Intérieur rapportés par le quotidien Le Monde. « Il ne s’agit pas du tout d’un asile politique », reconnaît le secrétaire général de la préfecture, Alain Castanier. « Nous leur avons donné un récépissé de titre de séjour aujourd’hui (ce lundi NDLR) et ils pourront bientôt se rendre où ils le veulent sur le territoire français. »

 

Mahmoodzada, marié et père d’un enfant, a travaillé de mai 2007 au 30 novembre 2012 pour les militaires français. « Je me suis rendu dans différents secteurs, à Kaboul, Kandahar, etc. Mon visage est connu dans de nombreuses provinces. Depuis le départ de l’armée, c’est donc très dangereux pour moi. Je remercie vraiment la France de nous accueillir ainsi. »

L’avenir… ailleursLes trois hommes sont fiers de nous montrer leur photo souvenir, aux côtés des militaires français. Mais il faut désormais envisager l’avenir… Et c’est ailleurs qu’en Limousin qu’ils le voient.

« Le TGV, il met combien de temps pour aller à Paris ? » demande Issa. « Vous pensez que je pourrai m’inscrire dans une université ici ? »

Pas de TGV en Limousin, pas d’université à Eymoutiers… Les trois hommes digèrent ces deux informations, s’étonnent. Ils savent qu’ils ne vont pas rester bien longtemps dans le coin. Quand on leur dit qu’ils habitent dans un village-vacances, ils explosent de rire…

« Les vacances, ce n’est pas pour nous. Ce que l’on souhaite, c’est de trouver rapidement un travail et nous intégrer dans la société française. »

Décision au plus haut sommet de l’État

Selon le Monde dans son édition du 26 décembre, c’est François Hollande qui avait ordonné, à la mi-décembre, le doublement du nombre d’Afghans à accueillir en France pour service rendu à l’armée française. Une mesure qui « devait bénéficier initialement à 87 personnes dont 32 interprètes ». Et qui pourrait bénéficier finalement à 160 ou 170 personnes.

Franck Lagier