L’accent, une discrimination sociale typiquement britannique

Le Monde.fr | 10.07.2015 à 11h56 • Mis à jour le 10.07.2015 à 16h35 |Par Philippe Bernard (Londres, correspondant)

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Devant l'université d'Oxford, en 2011.

LETTRE DE LONDRES. Au Royaume-Uni aussi, l’ascenseur social est en panne. Seuls 20 % des travailleurs pauvres ont réussi à sortir de la trappe des bas salaires au cours de la dernière décennie. Et les enfants élevés dans des milieux défavorisés ont six fois moins de chances que les filles et fils de bonne famille d’accéder à une université d’élite ouvrant sur les meilleurs emplois. La musique est connue. Mais les inégalités à la sauce british ont une singularité qui vient d’être analysée dans un retentissant rapport : elles se perpétuent par le langage.

On le sait depuis George Bernard Shaw et son Pygmalion (devenu My Fair Lady au cinéma) : la manière de parler est, au Royaume-Uni, un puissant marqueur social. Aujourd’hui encore, s’exprimer avec un accent typique des classes populaires, par exemple de type cockney ou gallois, vous « exclut systématiquement des meilleurs emplois », même à qualification égale, indique l’étude rendue publique, le 15 juin, par la commission sur la mobilité sociale et la pauvreté des enfants.

Tout se passe comme si les entreprises les plus prisées faisaient passer aux candidats à l’emploi un « test de distinction » (« posh test »), explique l’ancien ministre travailliste Alan Milburn, qui préside cette instance rattachée au ministère de l’éducation. Ne pas parler anglais avec l’accent chic très reconnaissable d’Oxbridge (contraction d’Oxford et Cambridge) comme les membres de l’élite économique et politique…